n°22 - Mars
2002

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CONSERVATION
ET RECHERCHE SCIENTIFIQUE :
QUELLE COMPLÉMENTARITÉ ?
EDITORIAL
Assistant il y a
quelque temps à un atelier concernant la gestion des
aires protégées, et notamment l'organisation
de leur structure de gestion, je faisais innocemment
remarquer que manquait un département " recherche "
dans le montage présenté par l'animateur de
l'atelier. Celui-ci m'expliquait alors très
obligeamment qu'il ne s'agissait nullement d'un oubli de sa
part, mais que les chercheurs étaient
gérés par le département " tourisme " ;
des visiteurs scientifiques en quelque sorte. Je trouvais
l'idée intéressante, mais restais à
être persuadée qu'une aire
protégée n'a nullement besoin de recherche.
Cette opinion n'a pourtant pas l'air d'être un cas
isolé puisque des voix s'élèvent, en
l'absence de financements suffisants, pour que ceux-ci
aillent à la conservation qui prime.
Les aires
protégées ont-elles besoin de la recherche ?
C'est la question que nous nous sommes posée dans
cette édition de Canopée. Bien que les avis ne
soient pas tous semblables, ils convergent toutefois vers la
nécessité d'une recherche parfaitement
adaptée aux besoins des gestionnaires d'aires
protégées. Ceux-ci, travaillant souvent en
situation d'extrême urgence, ont besoin de
réponses très concrètes et surtout
très rapides. C'est ce qu'ils attendent de la
recherche; c'est pourquoi ils ont de plus en plus tendance
à mettre en place leur système de monitoring,
certes moins rigoureux qu'une étude de trois ou
quatre ans, mais avec l'avantage d'être moins
onéreux, et surtout plus rapide et
concret.
Ce qui semble clair,
c'est que la recherche qui détourne les fonds,
déjà limités, accordés à
la gestion des aires protégées, n'a plus la
faveur de leurs gestionnaires. Cela pourrait être le
résultat d'une carence des financements, tant pour la
recherche que pour la conservation. Faute de moyens et de
vision à long terme, les études scientifiques
lancées ne contribuent pas, ou de façon
tellement pointue que c'est inutile, à
l'amélioration des connaissances d'une aire
protégée. En fait la question posée
n'est pas tant de savoir si la recherche est ou non
nécessaire, mais plutôt de savoir s'il doit
incomber aux aires protégées de la
financer.
Il apparaît
aussi que la recherche, pour être utile, doit
s'accompagner de quelques préalables : être
étroitement coordonnée à la politique
de gestion d'une aire protégée, voir ses
résultats traduits en mesures concrètes
à prendre pour la conservation, ses résultats
devant être communiqués de la façon la
plus large possible. La recherche doit devenir une
activité d'utilité publique, pour être
au service du plus grand nombre.
Mais au-delà
de la polémique sur la complémentarité
entre recherche et conservation, subsiste une question
autrement plus épineuse : tant bien même la
recherche apporterait les réponses attendues, quelle
utilisation en feront les décideurs ? Car une aire
protégée ne peut être viable que si elle
s'insère dans une perspective d'aménagement et
de développement au niveau national.
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