AIGRETTE À GORGE BLANCHE
Egretta gularis

Reef Heron - Western Reef-Egret 
STP : Garça - P : Garça-marinha

L'ancienne dénomination d'aigrette des récifs correspond bien à l'habitat de ce héron (55-65 cm) à São Tomé et à Príncipe : il ne quitte guère le rivage et le littoral, pénétrant cependant vers l'intérieur dans les basses vallées des grands cours d'eau, notamment le Io Grande, Xufexufe, São Miguel et Quija, à São Tomé. Il pêche de préférence à l'embouchure des rivières, parsemées de gros galets arrondis et de roches noires, mais on le rencontre également sur les plages de sable.

La grande variabilité du plumage est étonnante chez cet oiseau : quatre types de plumage sont observés, y compris les stades juvéniles et immatures. Contrairement à la population du littoral du Cameroun et du Gabon, où les oiseaux en plumage sombre dominent ceux en plumage blanc, l'aigrette à gorge blanche à São Tomé montre au moins une répartition égale des oiseaux sombres et des oiseaux clairs, avec une tendance à la prédominance des sujets blancs. Ceci a pu être la cause, dans le passé, des mentions d'aigrettes garzettes à São Tomé, lesquelles ne sont présentes que comme migrateur rare.

La distinction entre aigrette des récifs blanche et aigrette garzette repose sur deux caractères principaux : chez la garzette, les pattes d'un noir intense contrastent fortement avec les doigts jaunes; chez l'aigrette des récifs blanche, les pattes sont d'une teinte plus claire et moins uniforme, et il n'y a pas de délimitation nette entre la couleur des doigts et celle du reste de la patte. Le jaune des pieds remonte irrégulièrement sur les tarses en s'affaiblissant en intensité, passant du jaune chrome ou jaune orangé vif à un jaune olivâtre ou gris olive. Souvent, un même individu montre un dessin différent d'une patte à l'autre. Le second critère de distinction entre garzette et aigrette des récifs en plumage blanc est la forme et la couleur du bec : chez la garzette, le bec est fin, droit et d'un noir pur; chez l'aigrette des récifs, le bec paraît plus épais, avec une légère courbure de la mandibule supérieure se rétrécissant progressivement vers la pointe du bec. La couleur du bec n'est jamais d'un noir intense, mais en général gris rosé ou brun rosé terne, plus gris à la base, parfois bleuté, plus rose à l'extrémité. D'autres individus présentent un bec à base grise mais à pointe jaune olive, et exceptionnellement jaune vif.

Dans un groupe d'aigrettes à gorge blanche pêchant à l'embouchure d'une des rivières de l'archipel, se côtoient des individus montrant, en gros, quatre types de plumage : oiseaux d'un blanc immaculé, oiseaux d'un ardoisé foncé, oiseaux d'un gris vineux terne et oiseaux au plumage principalement blanc mais plus ou moins maculé de gris et de gris brun. Il n'est pas certain si les oiseaux correspondant à ce plumage, peu fréquent, sont des immatures ou s'il s'agit d'un plumage adulte intermédiaire entre le type blanc et le type noir. La répartition des taches, à effet de damier, sur ces oiseaux est irrégulière : certains sont blancs avec de petites taches grises sur le dos et les ailes, et le milieu des rectrices est brun grisâtre, d'autres ont la tête très marquée de gris, quelques taches grises sur le dos et les ailes, et le reste du plumage blanc. Des jeunes oiseaux montrent un plumage semblable, blanc densément tacheté de brun gris où le centre de chaque plume est brun gris et son pourtour blanc, à l'exception des rémiges et des rectrices entièrement blanches, ainsi que la gorge et le front.

Les deux plumages sombres correspondent probablement à des variations dues à l'âge des oiseaux. Les adultes en phase sombre sont ardoisé foncé avec la gorge blanche nettement délimitée et possèdent en général une tache blanche, plus ou moins étendue, au poignet de l'aile. Parfois, cette tache blanche, si visible en vol, n'est présente que sur l'une des deux ailes. Les oiseaux les plus sombres sont presque noirs avec le dessus de la tête gris bleu. L'extension du blanc sur le front, la face et la gorge est également variable selon les individus : parfois, le blanc de la gorge s'étend vers le bas des joues, parfois seulement jusqu'au dessous de l'oeil en une zone bien définie. La tache frontale blanche est le plus souvent réduite ou absente, de même qu'une tache blanche supraoculaire, bien dessinée chez certains individus, absente chez d'autres. Le bec est de la même couleur que chez les oiseaux en phase blanche, gris rosé, plus gris à la base, plus rose vers l'extrémité, mais quelques individus possèdent un bec à extrémité jaune vif. En période de reproduction, les lores peuvent passer d'un gris bleu-vert à un rose violacé brillant.

Les immatures en phase sombre présentent un plumage plus terne : la tête et le cou sont gris, le dessus du corps brun gris pâle teinté de vineux, le dessous du corps brun gris avec une zone mal définie sur tout le dessous du cou plus claire, blanchâtre, marquée de stries diffuses et grossières, et le ventre blanc sale. Ils possèdent la gorge blanche du plumage adulte. Les pattes sont gris verdâtre. Cela donne un aspect général pâle à ces oiseaux. Des individus plus sombres à reflets vineux sur le dos semblent être des subadultes.

Le plumage nuptial est acquis en décembre, janvier et avril. Les adultes en plumage nuptial se reconnaissent aux longues et fines aigrettes sur le milieu du dos et sur la poitrine et à deux plumes occipitales allongées. Ces plumes sont utilisées lors des parades et lors des relations entre conjoints autour du nid : à l'arrivée du conjoint, les deux oiseaux se saluent, en abaissant le cou et en relevant les aigrettes du dos. Ces plumes sont également utilisées pour manifester l'agressivité lorsque plusieurs oiseaux sont regroupés sur des lieux de pêche : l'oiseau dominant pourchasse les autres individus, abaissant l'avant du corps et redressant les plumes duveteuses du corps. Lors des conflits opposant deux oiseaux, ils se livrent à de fréquents vols, face à face, à faible hauteur, sautant à partir des rochers, les ailes déployées, le bec ouvert, comme en une danse.

Les techniques de pêche sont variables : certains oiseaux se tiennent en une attitude prostrée, jambes à moitié fléchies, le bec pointé vers l'eau, et lancent, lorsqu'un poisson est repéré, la tête et le bec dans l'eau, d'un mouvement très rapide, immergeant parfois toute la tête sous l'eau. D'autres oiseaux marchent sur la berge sableuse ou dans l'eau peu profonde et tentent de happer, au terme d'une brève course, les poissons luttant contre le courant. Pendant les heures chaudes, les aigrettes se tiennent dans le milieu du courant des rivières, immergées jusqu'au ventre, et se baignent et lissent leur plumage.

Les colonies sont installées en compagnie des hérons garde-boeufs et des cormorans, notamment dans la mangrove d'Agua Izé et sur quelques îlots rocheux à végétation buissonnante de la côte occidentale de São Tomé. Des dortoirs sont également connus au sud de Príncipe, à l'embouchure de la ribeira de São Tomé. Les aigrettes à gorge blanche sont en règle générale surpassées en nombre par les autres espèces sur les sites des colonies de reproduction.

En vol, ou lorsque des oiseaux se poursuivent, ils émettent de rauques et sonores ga-ah, gaah-grâah, ou ràààààh, ràààh, ràààh.

 


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
Une publication du programme
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