IBIS DE BOCAGE, IBIS DE SÃO TOMÉ

IBIS DE BOCAGE, IBIS DE SÃO TOMÉ
Bostrychia bocagei

Dwarf Olive Ibis - São Tomé Olive Ibis
STP : Galinhola - P : Íbis-de-São Tomé

L'ibis de São Tomé est ici considéré comme spécifiquement distinct de l'ibis de Príncipe. Cette distinction taxinomique n'est pas unanimement acceptée; une étude plus approfondie de ces oiseaux se révèle nécessaire.

L'ibis de Bocage est l'une des espèces d'oiseaux les plus difficiles à observer de São Tomé. C'est un des traits des ibis forestiers à crête qui, même dans les régions d'Afrique centrale où ils sont communs, sont rarement rencontrés pendant la journée, bien que leur présence soit révélée par les cris caractéristiques qu'ils émettent avant l'aube et à l'aube, puis en fin de journée et au crépuscule. L'ibis de Bocage est nettement moins bruyant que les deux représentants de ce groupe en Afrique centrale forestière. Les cris que nous avons entendus confirment qu'il n'est pas proche de l'ibis vermiculé, même s'il s'en rapproche par la taille. Ces cris sont également différents de ceux émis par l'ibis olive sur le continent. L'ibis olive émet, juste à l'aube, puis avant le crépuscule, des appels de ralliement, alors qu'il se déplace en paires ou en petits groupes, cris qui révèlent aisément sa présence dans une région. Nous n'avons pas entendu, avec une telle régularité, les appels des ibis de Bocage, même sur les sites où ces oiseaux étaient observés pendant la journée et où nous campions. Le caractère silencieux de l'ibis de Bocage est une cause supplémentaire de la difficulté de localisation et d'observation de cette espèce.

Lorsqu'il est dérangé, alors qu'il se nourrit sur le sol de la forêt, il s'envole généralement sans crier, et perche dans un arbre proche entre trois et douze mètres de hauteur. L'envol lui-même est très silencieux, feutré, ne produisant pas de bruits de battements d'ailes. Lorsqu'il se perche, l'ibis reste alors immobile et inactif, soit cherchant à se cacher dans le feuillage, soit observant en baissant la tête et étirant le cou. S'il n'est pas inquiété, l'oiseau reste longuement dans cette inactivité. Inquiété, il s'envole à nouveau vers un autre arbre, plus éloigné ou plus haut, émettant alors une série de cris doubles et rauques, répétés : kàh-gàh, kàh-gàh, kàh-gàh. Sur les grosses branches horizontales, sous la canopée, à une vingtaine de mètres de hauteur, il marche avec précaution, agilement, et observe vers le sol, en baissant la tête, tout en restant silencieux, puis cherche à se cacher dans un bouquet de feuillage. Le comportement ici décrit est typique de cette espèce à São Tomé : c'est le plus souvent la seule vision que l'on a de cet oiseau discret, et ce seul comportement suffit à l'identifier, aucun autre oiseau forestier ne se conduisant ainsi. La posture de l'ibis lorsqu'il est perché sur une grosse branche horizontale, allongeant le cou et abaissant la tête vers le sol pour observer rappelle curieusement celle d'un pigeon plus que celle d'un échassier, mais le bec relativement long permet de le reconnaître immédiatement. Lorsqu'il s'envole du sous-bois forestier, il paraît très sombre, avec des ailes remarquablement larges et une queue courte. L'ibis de Bocage ne présente pas la silhouette fine et élancée des ibis des zones humides ouvertes comme l'ibis falcinelle, mais il diffère également de l'ibis hagedash, du genre Bostrychia, qui est un ibis à pattes relativement courtes comme l'ibis de Bocage, mais dont le corps est proportionnellement plus gros et plus massif.

Il est difficile d'apprécier, dans de telles conditions d'observation, les détails du plumage de l'ibis de Bocage. La description générale est celle d'un oiseau de taille moyenne (petite pour un Bostrychia), à bec moyennement long (environ deux fois la longueur de la tête), aux pattes assez courtes, au plumage brun foncé. La crête de plumes occipitales qui caractérise les oiseaux de ce groupe est peu visible dans la nature. Observé dans de bonnes conditions, on note les caractères suivants : la tête, le cou et la poitrine sont d'un brun terne, sans reflets. Une zone de peau nue s'étend de la base du bec jusqu'à l'oeil, se rétrécissant ensuite en arrière de l'oeil. Les plumes de la crête sont marquées d'un reflet vert sombre peu visible. Le dessous du corps est du même brun terne s'assombrissant progressivement jusqu'au ventre brun noirâtre. Les plumes du dos sont brun olivâtre sombre à brun noirâtre. Les ailes forment - comme chez les autres ibis du genre, y compris l'ibis hagedash - la zone la plus colorée du plumage de cet ibis.

Les couvertures moyennes ont un reflet vert plus ou moins intense selon l'angle d'observation de l'oiseau; le reflet vert est en fait limité à la moitié externe de chaque plume. Les grandes couvertures sont marquées d'un reflet vert teinté de mauve, les rémiges primaires sont brun noirâtre. Le croupion et la queue sont brun noirâtre à reflet vert sombre. L'effet produit par les reflets verts et pourpré est rarement visible sur l'oiseau dans la nature, dans la pénombre du sous-bois ou sur l'oiseau perché sous la voûte forestière, abrité de la lumière du soleil, et on ne retient généralement de l'observation de cette espèce que l'image d'un oiseau brun terne et brun sombre, faiblement tacheté (ceci est dû aux plumes à reflets). Le bec, brun pâle marqué de rouge terne sur le culmen et à son extrémité, relativement court pour un ibis, est nettement plus épais à sa base, s'amincissant vers son extrémité par une légère courbure.

L'ibis de Bocage serait l'une des espèces à avoir le plus souffert de la destruction de la forêt primaire pour l'établissement des cultures de cacao et de café, à São Tomé. Les exigences écologiques de cette espèce l'empêchent de s'adapter aux habitats profondément modifiés par l'homme. Des spécimens anciennement collectés indiquent qu'il vivait dans le nord de l'île. Aucun habitat adéquat pour cet ibis n'y existe aujourd'hui. Il est probable qu'il vivait cependant, à l'origine, dans toutes les forêts de plaine de l'île. La carte actuelle de sa distribution à São Tomé englobe les forêts primaires du sud-ouest et du centre de l'île, soit les bassins des rivières São Miguel, Xufexufe et probablement Quija, au sud-ouest, et le bassin des rivières Io Grande et Ana Chaves au centre-est. Il a récemment été observé vers Estação Sousa, dans les vallées descendant vers le Io Grande et dans le moyen cours du Io Grande, au-delà de la dépendance de Dona Eugénia, sur un plateau situé entre les rivières Umbugú et Martim Mendes, à l'ouest de São João dos Angolares.

Son habitat se caractérise par le sous-bois clair, peu encombré de végétation, des forêts primaires. Le sol est recouvert de rochers et de grosses pierres, avec, comme végétation au sol, des plantes herbacées, des fougères et des mousses, alternant avec des surfaces de terre nue. Dans ce milieu, l'ibis de Bocage se nourrit d'invertébrés, d'escargots, de limaces. Des observations indiquent qu'il rechercherait les endroits où la terre a été retournée par les porcs redevenus sauvages. L'ibis se nourrit également dans les bas-fonds humides bordant les cours d'eau forestiers, surtout leurs bras morts, en forêt de plaine. Toutefois, il n'est pas inféodé à ce milieu et diffère ici fortement de l'ibis vermiculé qui, en Afrique centrale forestière, est typiquement un oiseau des forêts marécageuses.

La distribution altitudinale de l'ibis de Bocage est encore inconnue. Toutes les données proviennent des forêts de plaine ou d'altitude moyenne. En forêt de montagne, la nature du sous-bois très humide et la présence de zones plates avec roches et terre nue constitueraient un habitat adéquat, mais aucune observation de l'espèce n'y a été effectuée.

Aucune donnée n'existe sur la reproduction de cet oiseau. Sur le continent, les ibis de ce genre nichent dans les arbres, en construisant des nids de branchettes, généralement au-dessus de l'eau. Le spécimen collecté par Correia en novembre 1928 était une femelle à ovaires développés.


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
Une publication du programme
ECOFAC