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PIGEON DE MALHERBE
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Le pigeon de Malherbe est le colombidé de São Tomé et de Príncipe le plus répandu et le plus facile à observer. Il occupe tous les milieux, depuis le littoral jusqu'à la forêt d'altitude. Eu égard à son chant très différent du pigeon à nuque bronzée d'Afrique centrale continentale, il est ici considéré comme une espèce propre aux îles du golfe de Guinée (São Tomé, Príncipe, également Annobon), et non comme une sous-espèce insulaire du pigeon Columba delegorguei.Les pigeons de ce groupe, qui comprend delegorguei, iriditorques et malherbii, ont longtemps été placés dans un genre à part, Turturoena, pour tenir compte de certaines différences physiques (notamment la queue arrondie à son extrémité et le dichromatisme sexuel). Le pigeon de Malherbe est le seul colombidé endémique du golfe de Guinée à occuper les deux îles de São Tomé et de Príncipe, sans différenciation subspécifique. De loin ou en vol,
ces oiseaux paraissent très sombres :
entièrement bleu marine foncé ou noir
bleuté, à tête gris bleu et à
sous-caudales roux pâle. En vol, les ailes paraissent
plus sombres, d'un gris noirâtre
légèrement teinté de pourpré,
que le dessous du corps. Lorsqu'ils sont vus à
contre-jour, dans la canopée, ils sont
remarquablement sombres, mais les sous-caudales rousses
(roux terne à caramel, selon la lumière) sont
toujours visibles. Observé perché sous une
lumière favorable, ce pigeon montre un plumage moins
uniforme et remarquablement brillant et nuancé. La
tête et le dessous du corps sont d'un gris
cendré soutenu, avec une tache à reflets
verts, dorés et rosés sur les
côtés de la tête et du cou, assez
étendue. La très forte iridescence verte
couvre l'arrière de la couronne, au niveau de l'oeil,
la nuque et les côtés du cou. Le front et la
face peuvent paraître d'un gris plus clair. Le ventre
est gris clair et, à partir de la base des pattes,
jusqu'aux sous-caudales, d'un roux pâle à roux
caramel. Le dos et les ailes sont gris ardoisé
foncé, les ailes d'un gris foncé très
légèrement pourpré, les rémiges
secondaires brun pourpré, le croupion est gris
sombre, la queue gris très foncé. Il existe
des variations dans l'étendue et l'intensité
de la teinte rousse des sous-caudales : certains oiseaux
montrent le bas-ventre et les sous-caudales d'un fauve
presque orangé; chez d'autres individus, le fauve est
moins vif et moins étendu, limité aux
sous-caudales. Ce pigeon possède un anneau oculaire
rouge sombre, le bec est du même gris que la face, les
pattes sont rouge rosé terne. Il n'est pas certain
que des distinctions puissent être faites dans la
nature, entre le plumage du mâle et celui de la
femelle, contrairement aux espèces proches vivant sur
le continent. Les jeunes se différencient par un
plumage montrant plusieurs teintes de gris : gris plus
sombre sur la poitrine, assez nettement
délimité d'un gris plus clair sur le ventre,
front gris pâle, côtés du cou à
reflets surtout rosés, ailes gris sombre, bec gris
bleu terne, pattes roses. |
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Le pigeon de Malherbe
occupe tous les habitats boisés de São
Tomé : il est abondant dans les cocoteraies de la
côte est, sud et sud-ouest où on peut
l'observer sur les grandes palmes ployées qu'il
utilise comme poste de chant. Sur le rivage, il descend
souvent au sol, soit sur les bancs et plaques de rochers
où on l'observe en bandes d'une vingtaine
d'individus, soit sur la vase sèche au bord des
lagunes littorales où il recherche probablement des
graviers - cette tendance du comportement du pigeon de
Malherbe à descendre à terre le distingue du
pigeon à nuque bronzée d'Afrique centrale qui
est exceptionnellement observé sur le sol. Il est
fréquent dans les petites mangroves à
Avicenniade la côte nord. Dans
l'intérieur, il vit dans tout habitat boisé,
depuis les plantations de café et de cacao sous
ombrage, les forêts primaires de plaine du sud-ouest
jusqu'à la forêt d'altitude. Il ne semble
cependant pas dépasser l'altitude approximative de
1.600 mètres et, autour du pic de São
Tomé, à 2.000 mètres, nous n'avons
rencontré que le
pigeonColumba thomensis et la tourterelle à
masque blanc. Le pigeon de Malherbe est également
abondant dans les zones mixtes à
végétation secondaire et à bouquets
d'arbres isolés que représentent les cultures
vivrières autour de Bom Sucesso. À
Príncipe, on le trouve dans tous les types d'habitat,
mais il paraît moins commun dans les forêts
primaires du sud-ouest de l'île. C'est un pigeon
frugivore; il se nourrit notamment des fruits de
Tetrorchidium
didymostemom (euphorbiacée), de
Phyllanthus
discoideus (euphorbiacée), de
Fagara
macrophylla (rutacée) et
d'Alchornea
cordifolia. |
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En période de reproduction, son chant constitue véritablement le fond de l'ambiance sonore des forêts de São Tomé. Le chant est produit inlassablement par plusieurs mâles qui occupent des postes de chant fixes, peu éloignés les uns des autres. En chantant, l'oiseau gonfle fortement le cou, tient ses ailes abaissées et baisse la tête à la fin du chant. Ce chant rauque et roulé, bien différent de celui des pigeons à nuque bronzée du continent, comprend trois phrases : crou-ouh (pause) crou-ouh - crouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh, cette dernière série rapide, descendant et s'affaiblissant sur un rythme rebondissant (comme une balle de ping-pong terminant sa course) jusqu'à la note finale qui s'achève brusquement. Une phrase est émise en 3-4 secondes, des pauses d'une dizaine de secondes séparent les phrases, cinq phrases en moyenne sont émises par minute. Ce type de chant est émis en décembre, janvier, mars et avril, soit en saison des pluies. Les pigeons sont silencieux en saison sèche, notamment en août : ils peuvent alors passer complètement inaperçus en forêt à canopée fermée et les meilleures chances de les observer, à cette période, sont de les chercher dans les habitats de lisière, dans les cocoteraies ou sur le littoral. Un second type de chant, également fréquemment entendu, est un roucoulement grave, rauque et prolongé, traînant : oorr - orororororororororor (= crôorrr - rrrrrrrrrrrrôôôôôh, = orrrh - rôrrrrrrrrrh, = ôôôrrr - rrrôôôrrrrrrrh), émis une fois par 5 à 20 secondes. Ce roucoulement dure de trois à quatre secondes, la première note ascendante et brève, la seconde très allongée et descendante. Le premier type de chant paraît émis plus régulièrement au début de la période de reproduction (et serait un chant nuptial ou de cour), le second serait émis sur une période plus prolongée et correspondrait à un chant territorial. Outre ces deux types de chant, les pigeons de Malherbe produisent quelques cris : krrreink bref et répété ou krrrêk rauque entre deux oiseaux se poursuivant en vol; krrreu krrreu émis à l'arrivée dans l'arbre abritant le nid, en période de reproduction (signal adressé au conjoint?), rreuh - rreuh bas d'oiseaux se nourrissant en groupe dans un figuier en fruits. Leur silhouette en vol est caractéristique et les distingue des autres colombidés des îles. Le vol est direct et rapide, aisé, aux changements de direction brusques, avec peu de battements d'ailes, les ailes étant généralement à moitié repliées contre le corps, et non pas complètement déployées, puis ramenées contre le corps. L'envol presque silencieux les distingue des colombars ainsi que leur silhouette en vol, plus élégante. Les pigeons de Malherbe effectuent, notamment en janvier, un vol nuptial parachuté : ils s'élèvent à certaine hauteur, à l'aide de battements d'ailes puissants, puis se laissent redescendre, les ailes déployées, planant avec peu de mouvements jusqu'à leur perchoir. La construction du
nid a été observée, à São
Tomé comme à Príncipe, en janvier, des
jeunes ont été trouvés au nid entre
début janvier et mars. |
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Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe Patrice Christy - William Clarke Une publication du programme ECOFAC |