
![]() |
PETIT-DUC DE SÃO TOMÉ
|
|
|
|
|
|
Ce petit rapace nocturne appartient à un groupe qui a prospéré sur les îles tropicales, particulièrement dans l'océan Indien (où sont connues quatre espèces) et en Asie du sud-est. Les espèces continentales de l'ancien monde ont des aires de distribution généralement étendues, les espèces insulaires occupent des îles de superficie parfois très réduite. Le petit-duc de São Tomé est endémique à cette île. Il était réputé rare il y a quelques décennies, mais des séjours prolongés en forêt révèlent que c'est une espèce commune. Comme tous les rapaces nocturnes, il peut être difficile à observer en dehors de ses temps d'activité, bien qu'il ne soit pas rare de le rencontrer en pleine journée, au repos dans la végétation ou en vol. C'est un oiseau peu
farouche, qui se laisse approcher et observer, même
pendant le jour. Il est également curieux,
s'approchant la nuit autour des campements en forêt.
Il est difficile de savoir si les individus observés
pendant le jour sont des oiseaux dérangés de
leur gîte diurne ou s'ils peuvent être actifs
pendant cette période. Nous n'avons cependant jamais
remarqué d'actions d'harcèlement par les
petits passereaux autour des petits-ducs - alors que de
telles manifestations sont fréquemment
observées à l'égard des rapaces
nocturnes dans les forêts d'Afrique centrale -, et
l'avons assez régulièrement entendu chanter de
jour, ce qui dénote un comportement en partie
diurne. |
|
|
|
|
|
Sa très petite taille, son allure, son comportement et son plumage permettent de l'identifier immédiatement. Le plumage est d'un brun roux chaud, avec des marques noires sur le milieu de la tête et quelques marques sombres sur la poitrine. Le petit-duc montre une curieuse tête carrée : il n'y a pas d'oreilles visibles ou elles sont très courtes. Vu de face, la couronne montre deux petites pointes sur ses côtés. La tête nettement carrée paraît, sur un oiseau vu de face, presque aussi large que le corps. Toute la tête est roux vif, sans dessin de masque facial. Quelques rares flammèches noires à l'avant de la couronne sont suivies de fines stries sur le dessus de la tête. Le bec n'est généralement pas visible, comme caché par les longues vibrisses qui l'entourent, sauf lorsque l'oiseau redresse la tête. Des plumes ébouriffées, hirsutes, forment une ligne un peu plus claire juste au-dessus du bec et entre les yeux. Le dessous du corps est du même roux vif avec quelques plumes de la poitrine et des flancs striées en leur milieu de noir, le ventre est plus pâle. Le dos est brun foncé, vermiculé de roux clair, les scapulaires sont brun foncé marquées de fauve et forment une ligne de petites taches blanches sur l'épaule. Les couvertures alaires sont d'un brun sombre, également vermiculé de fauve. Rémiges et queue paraissent barrées. Un collier
jaunâtre passe sur l'arrière du cou ou sur le
haut du dos. L'attitude commune de cet oiseau est
voûtée, le plumage gonflé, se tenant le
bec enfoncé dans les plumes de la poitrine. Le bec
est brun foncé, les pattes sont d'une étrange
couleur gris verdâtre ou jaunâtre sale. Les yeux
sont jaunes, mais paraissent rouges dans le faisceau d'une
lampe, la nuit. Une phase grise est décrite, mais
tous les oiseaux que nous avons vus étaient roux.
Lorsqu'on le surprend dans la journée, il ne fuit
pas, mais observe longuement, bougeant parfois le corps d'un
côté à l'autre, changeant de
côté sur le même perchoir par un
mouvement rapide. De jour, le vol paraît assez lourd,
mais silencieux, et l'oiseau s'envole
généralement sur une courte distance pour
percher assez à découvert. En vol, en
forêt, dans la pénombre, de jour, c'est une
petite forme brune. Il perche dans les arbres et arbustes
à toute hauteur, sous la canopée, de 1,50
à 2 mètres de hauteur jusqu'à une
dizaine de mètres. |
|
|
|
|
|
Le chant est émis principalement la nuit, mais il peut être entendu pendant chaque journée passée en forêt, à un moment ou à un autre du jour, même entre midi et 15 heures. Ce chant est un appel très doux, presque monosyllabique, légèrement ascendant. Il varie selon l'éloignement : de loin, tûh, tûûh, wuh, bref et doux, de près, kwûh, hoûh, kpawouh. L'oiseau produisant cet appel gonfle la gorge et avance la tête à l'émission de cette note, et oscille très légèrement la queue. De très près, c'est un assez explosif mais doux kpouh. Un autre chant est presque bisyllabique : il s'agit d'une note également douce, légèrement traînante, mais plus aiguë : kwuuh, kwîîh. Un même oiseau peut émettre indifféremment un des deux cris, en série. De loin, cette note paraît être un wu-uh, wu-hu, tuup, pûup, accentuée sur la première syllabe, la seconde syllabe avalée. Ces chants sont faciles à imiter. Il existe également deux types de cris : un tchwêt (= tchèèp) nasillard, et un plus aigre et étiré chrouiiii . Les circonstances dans lesquelles ces deux types de cris sont émis restent inconnues (conflits territoriaux ?). En forêt, au crépuscule, les chants commencent typiquement entre 17 h 30 et 18 heures, alors que les oiseaux diurnes, notamment le souimanga géant et le merle continuent à chanter. Une série de
chant typique comprend quatre notes en une minute (en
général, une note par quinze secondes, sur un
rythme très régulier, parfois à des
intervalles de 11 et 17 secondes) et peut durer plusieurs
minutes. Mâle et femelle restent en contact par ces
appels, alors que d'autres oiseaux plus
éloignés chantent. Le chant a
été entendu au cours de tous nos
séjours en forêt, en saison des pluies (de
décembre à avril) comme en saison sèche
(août). Il ne semble pas y avoir de réduction
importante des chants en saison sèche. Le chant est
émis dès avant le crépuscule et entendu
pendant le début de la nuit, jusqu'à 21
heures. Il y a ensuite une baisse de l'activité
vocale qui peut correspondre à la période de
chasse. Les appels reprennent en milieu de nuit, puis avant
l'aube, entre 4 heures et 5 h 30, puis jusqu'à 6
heures. Pendant les pluies nocturnes, la fréquence
des chants diminue. |
|
|
|
|
|
L'aire de distribution du petit-duc couvre principalement les forêts primaires de basse à moyenne altitude (régions de São Miguel, Xufexufe, Quija) et les très anciennes forêts secondaires. Dans celles-ci, la structure de son habitat est différente, la végétation du sous-bois étant généralement très dense : il est probable que dans cette forme de végétation, il occupe des étages plus élevés de la végétation. Ces très anciennes forêts secondaires où nous l'avons observé recouvrent la marge nord du massif central montagneux : au-dessus de Manuel Morais, en descendant du pic de São Tomé, autour de Lagoa Amelia, dans la région de Bombaím, et entre Bombaím et Formoso Pequeno. Nous l'avons trouvé commun dans la végétation secondaire dense des rives du Io Grande, dans son cours inférieur : le facies du paysage est ici différent du sous-bois de la forêt primaire, et des massifs de végétation épaisse alternent avec les zones très ouvertes que constituent les berges du fleuve et des herbages riverains. Il occupe un habitat
à structure similaire autour de Bom Sucesso, à
1.100 mètres d'altitude, notamment les vieux vergers
avec des grands arbres dominant des zones herbeuses ouvertes
et des massifs épais de buissons : la
végétation y est étagée et
généralement dense. Le petit-duc semble donc
pouvoir s'habituer à une modification de son habitat,
sur la marge de son aire de distribution - il s'agit
plutôt d'une recolonisation de l'habitat, après
abandon des cultures. Il n'occupe cependant pas les
plantations de cacao et de café sous ombrage et bien
entretenues. Sur la côte occidentale, on le retrouve
dans les vallées inférieures des
rivières São Miguel, Xufexufe et Quija,
jusqu'à la zone des bambous. En altitude, on le
trouve jusqu'à 1.100 mètres dans la zone des
vieilles plantations abandonnées et à 1.300
mètres en forêt de montagne. Il semble avoir
ici sa limite; nous ne l'avons pas entendu dans les
forêts d'altitude plus élevée, notamment
à Calvario et autour du pic de São
Tomé. |
|
|
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe Patrice Christy - William Clarke Une publication du programme ECOFAC |