MERLE DE SÃO TOMÉ
Turdus olivaceofuscus

Gulf of Guinea Thrush
STP : Tordo

Les merles, grives, traquets et apparentés forment une grande famille de passereaux de taille petite et moyenne, distribués dans le monde entier. La famille est bien représentée en Afrique avec près de la moitié des espèces (120 sur environ 300) et est divisée en deux sous-familles qui comprennent, d'une part, les merles et les grives, d'autre part, les traquets. La première sous-famille est généralement plus sujette à la dispersion et à la spéciation insulaire et c'est à celle-ci qu'appartient l'unique représentant résident des turdidés dans l'archipel. En français, les oiseaux du genre Turdus sont appelés merle ou grive, sans qu'il y ait de délimitation précise entre les deux appellations. L'anglais donne une appellation commune (thrush) à l'exception de l'espèce commune européenne, le merle noir (blackbird ).

Cette famille aux groupes homogènes se distingue des fauvettes et des gobemouches par le bec assez long, mais proportionnellement fin (plus fort que celui des fauvettes, non aplati comme celui des gobemouches), les pattes relativement fortes et longues. Ils sont frugivores et insectivores, et occupent soit les habitats ouverts des zones arides et des savanes, boisées ou non, soit le sous-bois ou les strates intermédiaires des forêts de plaine ou de montagne. De nombreuses espèces capturent des invertébrés à terre, et, d'une manière caractéristique, la famille ne compte pas, en Afrique, des espèces de la canopée forestière, au contraire d'un grand nombre de fauvettes et de gobemouches. Certaines espèces sont familières et faciles à observer, d'autres, particulièrement chez les oiseaux du sous-bois des forêts humides, figurent parmi les espèces les plus difficiles à observer. Les vocalisations d'un grand nombre d'espèces de la famille sont parmi les plus remarquables et les plus harmonieuses des passereaux chanteurs en Afrique.

La pauvreté de la famille dans l'archipel, avec une seule espèce résidente, est à comparer avec la grande diversité de celle-ci à Bioko, où neuf espèces sont connues; six d'entre elles sont des habitants du sous-bois des forêts primaires, aux faibles capacités de dispersion, et leur présence à Bioko remonte au temps auquel l'île était rattachée au continent.

Le genre Turdus a colonisé un grand nombre d'îles océaniques, particulièrement en Asie du sud-est et dans l'océan Pacifique, et également aux Antilles. Des îles proches de l'Afrique, seules São Tomé et Príncipe, puis, dans l'océan Indien, les Comores, abritent des espèces endémiques du genre.

Le merle de São Tomé est une des plus grandes espèces du genre Turdus . Sa grande taille est appréciable dans la nature, mais surtout lorsqu'on a l'oiseau en mains; ses très fortes pattes et le bec long et fort sont alors remarquables. Il n'y a pas de difficulté pour identifier cette espèce dont l'allure, le comportement et le plumage sont distinctifs.

Le plumage est dans l'ensemble brun, très peu coloré, avec le dessous plus clair. Le merle de São Tomé ne possède pas les quelques marques colorées qui caractérisent certains membres du genre en Afrique, sauf en mains où l'on peut voir les sous-alaires orangé pâle à roux orangé pâle, un caractère rarement visible sur l'oiseau dans la nature. Le bec, typiquement jaune orangé à orange chez les congénères du continent, est également sombre chez la sous-espèce endémique à São Tomé (bec brun sombre à extrémité plus claire, presque jaunâtre). Cependant, la sous-espèce endémique de Príncipe a été notamment séparée sur la base de la couleur du bec, entièrement jaune, ce que reflète son nom subspécifique ( xanthorhynchus ).

L'apparence générale est celle d'un oiseau à tête et tout le dessus du corps brun sombre, le haut de la poitrine d'un brun plus clair, diffusément tacheté jusqu'au ventre typiquement marqué de croissants bruns. Le menton et le haut de la gorge paraissent striés de sombre sur fond blanchâtre, ce qui est dû au dessin de fines taches formant des stries régulières. Le dessous du corps est marqué, à partir de la poitrine et du poignet de l'aile, assez indistinctement, puis de plus en plus régulièrement jusqu'au ventre et aux sous-caudales. Ce dessin donne un aspect écailleux très régulier aux parties inférieures. La poitrine est brune sur sa partie supérieure, puis le bas de la poitrine devient diffusément tacheté, passant progressivement au blanc très régulièrement marqué de croissants bruns (extrémité brune de chaque plume blanche). Le milieu du ventre est blanc. Les flancs et les côtés du ventre forment la zone la plus écailleuse, de même que les sous-caudales blanches nettement bordées de brun à leur extrémité. L'oeil est brun rougeâtre à brun assez clair, selon les sexes. Les très fortes pattes sont sombres, d'un gris brun. L'allure est celle d'un oiseau sombre, à fort bec, à pattes longues et fortes, qui se tient haut sur ses pattes. Même lorsqu'il est perché sur une branche, les longues pattes sont remarquables. En vol, c'est un oiseau brun foncé à bec plus clair.

Le merle est observé aussi souvent à terre que dans les arbres. C'est son régime alimentaire qui détermine ces comportements. Au sol, il recherche activement les escargots et on observe souvent des oiseaux au bec maculé de terre. Dans les forêts primaires du sud et du centre, à sous-bois clair, il est facile d'observer cette espèce peu farouche, assez peu active. Il saute sur le sol, ou de rocher en rocher près des ruisseaux forestiers, et regarde attentivement vers le sol, en posture dressée, la tête penchée sur un côté, pour repérer un escargot. Parfois, il émet des teuc teuc (= puôk puôk) de gorge typiques, sans ouvrir le bec, en soulevant spasmodiquement et très rapidement les ailes et en étalant légèrement la queue. Il recherche également les escargots dans les arbres, mais son comportement est alors moins facile à observer. Dans les cocoteraies, il explore avec attention les grappes de noix de coco, probablement à la recherche de ces invertébrés. Les enclumes, pierres sur lesquelles le merle casse les coquilles des escargots de taille moyenne à grande, donnent une indication de son régime alimentaire (et de la distribution des escargots dans le secteur de l'enclume). Certaines peuvent être remarquables avec plusieurs centaines de coquilles brisées. C'est la recherche des sites de cassage des coquilles d'escargot qui a permis de confirmer la présence, en forêt primaire le long de la rivière Papagaio, à Príncipe, de la sous-espèce endémique qui n'avait pas été observée depuis 1928. Ce site comprenait plusieurs centaines de coquilles dont celles du remarquable Columna columna, un escargot à coquille très allongée, pouvant atteindre huit centimètres de long, endémique à l'île. L'observation sur le terrain montre que les escargots de petite taille ou à coquille fragile sont avalés, sans être préalablement écrasés sur une pierre.

L'autre part importante de son régime alimentaire est constituée de fruits : dans les jardins et les vergers près des villages, il cherche avidement les avocats, également les goyaves, les fruits de Spondias cytherae et deCecropia dans les zones secondarisées. En forêt, les figues doivent constituer une grande partie de sa diète, notamment celles des Ficus sur, Ficus kamerunensis et Ficus fernandesiana (= chlamydocarpa) qui porte des gros fruits rouges.

Son aire de répartition à São Tomé couvre la plus grande partie de l'île, à l'exception des savanes du nord, mais il vit dans les galeries sèches encaissées près de Lagoa azul où il est peu commun. Il est assez peu commun dans les plantations bien entretenues de cacao sous ombrage d'Erythrina, dans les parties basses du nord et de l'est de l'île, mais devient commun à abondant dans les zones mixtes de cultures en altitude, les plantations délaissées, avec une plus grande diversité de végétation, et les plantations abandonnées depuis plusieurs dizaines d'années, en voie de reconstitution forestière. Sur la côte occidentale, on l'observe fréquemment sur la route littorale qui relie Neves à Santa Catarina : il adopte ici le comportement familier du merle africain Turdus pelios qui n'est pas, sur le continent, une espèce forestière, mais un oiseau des lisières et des défrichements. Il est abondant dans les forêts primaires de basse et moyenne altitude de la côte sud-ouest (São Miguel, Xufexufe, Quija) vers l'est jusqu'aux bassins des rivières Ana Chaves et Io Grande. Dans la basse vallée du Io Grande, on l'observe à découvert, sautant de galets en galets, dans le lit du fleuve. En forêt de brume, il atteint les derniers étages de végétation, la forêt basse à Craterispermum et à mussenica, à quelques mètres du pic de São Tomé et est commun dans toutes les forêts de montagne du massif central.

Les chants du merle de São Tomé rappellent peu les chants sifflés et harmonieux du merle africain sur le continent, et ne forment pas des mélodies structurées. C'est une succession répétitive de notes sifflées, rythmées et appuyées, avec en finale des notes plus aigres. Les chants peuvent être émis, durant la période de reproduction, pendant plusieurs dizaines de minutes : l'oiseau garde un poste de chant sous la canopée ou à moyenne hauteur, généralement à découvert sur une branche. Ces chants sont particulièrement typiques des matins et des fins d'après-midi dans les forêts primaires de São Tomé, en plaine comme en montagne, constituant, souvent, un des premiers chants de l'aube, entre 5 heures et 5 h 30, extraordinairement scandé et répétitif, émis pendant une demi-heure, sans variation, mais sur un rythme entraînant. Le chant comprend cinq notes sifflées ascendantes : tieûh hui hiu twi twit, suivies de deux à trois notes descendantes, plus aigres, émises sur un ton vif : wiit wiit wiit; chaque note est bien séparée de la suivante. Les phrases peuvent être abrégées (tieûh - hui - yé - wî - wîh) ou prolongées, l'oiseau répétant alors l'un des motifs de la phrase. Outre le chant et le cri d'alerte, le merle produit, avant la nuit, de forts et aigus tschrii, tschrii, en séries. Un cri proche, typique de turdidé, est émis en vol : psriiii répété.


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
Une publication du programme
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