TCHITREC DE SÃO TOMÉ
Terpsiphone atrochalybeia

São Tomé Paradise Flycatcher
STP : Tomé-gagá, Jíji

Le tchitrec de São Tomé représente dans l'archipel un groupe homogène de treize espèces (quatorze, selon certains systématiciens) auparavant dénommées gobemouches de paradis ou moucherolles, et répandues dans les zones tropicales et équatoriales de l'Afrique et de l'Asie, atteignant cependant l'est du paléarctique, en Chine, en Corée et au Japon. Le continent africain et les îles satellites du golfe de Guinée et de l'océan Indien abritent huit des espèces dont trois sont endémiques aux îles de l'océan Indien. Le genre Terpsiphone est représenté sur l'île de Bioko par une espèce plus largement répandue en Afrique centrale (Terpsiphone rufiventer tricolor, sous-espèce endémique) et, sur l'île d'Annobon, par cette même espèce, sous la sous-espèce endémique smithii, que certains taxinomistes considèrent toutefois être une espèce à part entière. L'île de Príncipe n'héberge aucun représentant du genre. Le tchitrec de São Tomé possède des caractères communs à certains Terpsiphone : une différence marquée des plumages entre les deux sexes, un allongement remarquable des rectrices centrales chez les mâles, le comportement de chasse. L'espèce du continent la plus proche semble être le tchitrec d'Afrique Terpsiphone viridis qui montre le même dimorphisme sexuel et il est probable que les deux espèces dérivent d'un ancêtre commun. Toutefois, et au contraire de plusieurs espèces de l'archipel, le tchitrec de São Tomé est une forme diminutive du genre, remarquable par sa petite taille. D'autre part, alors que le tchitrec de São Tomé est une espèce forestière, le tchitrec d'Afrique est un hôte des milieux ouverts : savanes, défrichements, lisières.

Ces oiseaux sont généralement observés en couples ou en familles, mais ils se joignent régulièrement aux rondes d'insectivores comprenant des souimangas, des zostérops et des tisserins. Le mâle se reconnaît rapidement à la longue queue mince, due à l'allongement extrême des rectrices centrales, et au plumage paraissant entièrement bleu noir. À bonne lumière, il présente des reflets bleus et verts sur la tête et la poitrine. Des reflets verts peuvent également apparaître sur l'aile déployée. La coloration bleu et noir écailleux est plus visible sur la tête et sur le haut de la poitrine et est due à des petits points bleus dans le noir du plumage. Une légère crête donne une forme triangulaire à la tête. Une lunette bleu ciel entoure l'oeil, les pattes sont bleu foncé comme le bec, l'intérieur du bec, visible lorsque l'oiseau crie, est d'un étonnant jaune vif. En sous-bois, l'oiseau peut paraître noir, mais dans les zones plus ouvertes comme les plantations il paraît, en vol, bleu marine. La femelle ne possède pas les rectrices centrales allongées du mâle et se distingue par son plumage tricolore, mêlant le noir, le gris et le roux. Le dessus de la tête est presque noir, bleu nuit, la face est gris sombre, la nuque et un collier sont d'un gris moins sombre. Le dessus du corps, le dos, les couvertures alaires et la queue, sont roux vif, presque roux orangé en plumage frais sur le dos et le croupion; les ailes plus sombres sont brun foncé lisérées de roux. Le dessous, y compris la gorge, est gris cendré, mais des taches indistinctes noires peuvent apparaître dans le gris de la poitrine. Les jeunes possèdent un plumage proche de celui de la femelle et les jeunes mâles muent progressivement de ce plumage en celui du mâle adulte. En mars, un mâle immature présentait le dessin suivant : le plumage est à dominante bleu nuit, à l'exception de taches grises sur les côtés de la poitrine et du ventre et, sur le dessus, quelques traces de roux sur les ailes et le dos.

Les tchitrecs sont des oiseaux faciles à observer, curieux et peu farouches. Leur comportement est toujours vif et rapide, notamment dans leur recherche de nourriture. Ils semblent exclusivement insectivores. Ils chassant à tous les niveaux de la végétation : on les voit près du sol, dans les plantes herbacées et sur les arbustes du bord des ruisseaux forestiers, dans les forêts primaires du sud-ouest de l'île et, dans les plantations et dans les cultures, ils descendent à faible hauteur, chassant à partir de perchoirs bas comme des branches ou des troncs tombés. En forêt, on les observe, dans les rondes d'insectivores, dans les strates moyennes de la végétation du sous-bois, et ils montent jusqu'à la canopée, dans le feuillage des arbres émergents. Deux comportements de chasse sont adoptés : chasse à l'affût, à partir d'un poste d'observation, l'oiseau s'élançant en vol pour happer un insecte volant, ou prospection du feuillage et des branches recouvertes de mousses et de plantes épiphytes, en parcourant les rameaux, adoptant une posture caractéristique, les ailes écartées du corps, la queue légèrement étalée, puis poursuivant en vol un insecte que l'oiseau a délogé en se déplaçant dans le feuillage ou saisissant un insecte repéré sur une feuille. Dans ses prospections dans le feuillage, l'oiseau effectue de légers et faibles mouvements de queue d'un côté à l'autre.

Outre le comportement de chasse bien particulier, mais commun aux genres Terpsiphone et Trochocercus, les tchitrecs font des actions de démonstration très typiques qui ne paraissent pas avoir d'équivalent chez les espèces du continent. Ce comportement consiste à soulever rythmiquement les ailes et à les garder déployées, en lissant nerveusement une ou deux plumes, soit sur le dessus de l'aile, soit sur le dos. Ces démonstrations sont faites principalement par les mâles mais ont également été observées chez des femelles. L'oiseau étale les deux ailes en même temps ou bien seulement l'une d'entre elles, écarte les rectrices en éventail ou les tient serrées, effectue des mouvements rapides de pression des deux ailes contre le corps lorsqu'il les referme, en émettant de petits cris en sourdine, un râpeux et continu guèguèguèguèguèguèguè ... ou un grincement bas grréh grréh grréh.

Les tchitrecs occupent tous les milieux arborés et boisés favorables de l'île, depuis les galeries de forêt sèche de Lagoa azul, au nord, jusqu'aux forêts d'altitude du pic de São Tomé - au moins jusqu'au site appelé Sentada do Pico - les forêts primaires de basse altitude du sud-ouest, les grandes cocoteraies de la région de Porto Alegre, et toutes les zones de cultures : plantations bien entretenues de café et de cacao sous ombrage d'érythrines, plantations de café abandonnées autour de mille mètres d'altitude, forêts secondaires issues des vieilles plantations abandonnées.

Les cris le plus souvent émis par ces oiseaux comprennent des guèguèguèguèguèguèguè en séries plus ou moins longues, éraillées, des gzwi plus sonores, proches des Terpsiphone du continent, cris émis isolément ou en phrases courtes gzwi gzwé gzwé gzwé. Le mâle produit un chant typique de Terpsiphone, chant vif, musical, rapide : tsi wuih hi - wuih hi doublé (toujours émis en deux phrases), et un aigre suîh suîh uih îh régulièrement repris. Il existe un autre chant, particulièrement produit en fin d'après-midi, qui reste mal connu et qui diffère beaucoup des autres formes de chants des Terpsiphone du continent : tsim tsim tsim hu hu, tsim tsim tsim tsu hu hu hu, tsim tsim tsim hu hu hu.

La reproduction semble prolongée : le nid a été trouvé, en forêt primaire du sud-ouest, sur un arbrisseau bas, à 1,50 m de hauteur, en mi-janvier et contenait un oeuf. Des jeunes accompagnant le couple d'adultes ont été observés début janvier et fin août.


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
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