CRATÉROPE DE PRÍNCIPE
Horizorhinus dohrni

Dohrn's Trush-Babbler
STP : Tchibi-fixa
P : Rouxinol-do-Príncipe

Le chant du cratérope de Príncipe pourrait caractériser l'ambiance sonore de cette île. On peut entendre ce chant vif et joyeux, rapide, dans toute zone boisée de l'île, et il est même audible, tant il porte loin, dans la ville de Santo António, émis par les quelques oiseaux qui vivent dans les plantations de cacao qui entourent la cité. Ce chant éclatant, souvent entendu, permet de localiser cet oiseau qui peut cependant être difficile à voir immédiatement, préférant la végétation dense. La position systématique de cette espèce reste incertaine. Elle est classée, dans les listes des plus récentes des oiseaux afrotropicaux, parmi les timalidés, après avoir été rapprochée des gobemouches. Elle peut en effet rappeler, par son comportement, le gobemouche forestier Fraseria ocreata des forêts du continent africain, oiseau également très actif et bruyant. Son comportement l'éloigne des timalies du genreIlladopsis qui représentent la famille dans les forêts d'Afrique centrale : les Illadopsis sont des oiseaux discrets du sous-bois, vivant près du sol ou dans les strates inférieures, et leur comportement est nettement moins démonstratif que celui du cratérope de Príncipe. Le nom cratérope s'applique à des timalies d'un autre genre, Turdoides, remarquables par leur habitude de vivre en groupes bruyants, mais il s'agit plutôt d'oiseaux des habitats ouverts, des savanes ou des lisières du massif forestier que de l'intérieur de la forêt. L'étude des vocalisations du cratérope de Príncipe amène à le rapprocher d'autres timalies, qui possèdent des chants repris en choeur, particulièrement les Kupeornis, qui sont forestiers, et Ptyrticus turdinus, une espèce des forêts sèches et des galeries bordant le grand massif des forêts humides d'Afrique centrale. Dans l'état actuel des connaissances sur cet oiseau, il est ici considéré comme une timalie, ce qui conduit à privilégier le nom français de cratérope de Príncipe, et non celui recommandé par la nouvelle nomenclature francophone de : gobemouche de Dohrn, ce qui présumerait qu'il s'agit d'un muscicapidé.

Le cratérope est éclectique dans le choix de son habitat : dans les forêts primaires du sud-ouest de l'île et du massif central montagneux, il est commun dans le sous-bois clair de la forêt à canopée fermée. Il s'y tient près du sol ou à moyenne hauteur, dans les arbustes et les petits arbres du sous-bois et des strates intermédiaires. Dans cet habitat, il est nettement plus facile à observer que dans les milieux secondaires, à végétation plus dense. Dans les forêts de la haute vallée du rio Papagaio, il est également l'oiseau le plus commun. Il s'y déplace avec agilité sur des lianes verticales et descend jusqu'aux rochers couvrant le sol, effectuant des mouvements vifs. Dans les petits arbres et arbustes, il chasse dans le feuillage à quelques mètres de hauteur, inspecte les feuilles ou effectue de petits vols à la verticale ou sur une ligne oblique pour happer un insecte repéré sous une feuille. Lors de ces vols de chasse, les claquements de bec sont toujours audibles. En se déplaçant, il fait des sauts assez longs, de branche en branche, bougeant fortement l'arrière du corps d'un côté à l'autre. Les mouvements vifs du corps sont souvent accompagnés de balancements latéraux de la queue. Sur les branches, il se tient pattes écartées et conserve ce comportement particulier d'oiseau nerveux. Dans les milieux secondaires de Príncipe et les zones de cultures, il est plus difficile à observer à cause de la végétation plus dense ou de ses habitudes plus secrètes. Dans les plantations de cacao sous ombrage, il chasse à l'intérieur du feuillage des cacaoyers, et se déplace vivement autour des grandes Erythrina dont il explore le tronc ou le feuillage des branches inférieures, à la recherche d'insectes. Dans les massifs de vieille forêt secondaire du centre de l'île ou sur les lisières, il se tient dans la végétation la plus dense où il explore les rameaux, inspecte le dessous des branches, prospecte les bouquets de feuillage. Chassant par couples ou familles, les oiseaux se déplacent avec beaucoup d'agilité sur les branches, par grands bonds, et ponctuent fréquemment leurs déplacements par des séries de chants en choeur, les ailes agitées de tremblements rapides et peu amples. On les voit cependant quitter le couvert à la recherche de petits fruits dans des arbustes ou des arbres de zones plus ouvertes, notamment des buissons de Trema dans les cultures vivrières mal entretenues ou les fruits du parasolier Musanga, dans la canopée de ces grands arbres. L'allure générale du cratérope est celle d'un oiseau à attitude horizontale, en constant mouvement, balançant le corps d'un côté à l'autre, effectuant des mouvements très vifs, et aux pattes relativement longues paraissant robustes. Bien que se déplaçant le plus souvent en couple ou en famille, on peut observer des individus isolés dans le sous-bois forestier, effectuant des déplacements silencieux, prospectant attentivement le feuillage : il peut s'agir d'oiseaux nourrissant des jeunes au nid.

Les cratéropes sont des oiseaux de taille moyenne, au plumage brun et blanc. Le dessus de la tête et du corps, y compris les ailes et la queue, sont d'un brun terre terne. La gorge blanche est très nettement délimitée du reste de la tête et d'un collier pectoral bruns. La partie inférieure de ce bandeau pectoral brun est moins nettement délimitée du bas de la poitrine et du ventre qui sont blancs. Le bandeau pectoral se prolonge sur les côtés de la poitrine, du ventre et des flancs. Une ligne blanche le long de l'aile, sur les flancs, est parfois visible. Le ventre est teinté de jaune pâle, mais cette couleur n'est pas toujours visible. Les jeunes oiseaux ont un plumage semblable à celui des adultes et se reconnaissent principalement par les commissures claires de la base du bec.

Les vocalisations comprennent un chant éclatant, vif et joyeux, repris en choeur par les oiseaux d'un groupe ou de plusieurs groupes voisins : ce chant est annoncé par untieuh wît tieûh wûh harmonieux, suivi d'une série énergique plus ou moins longue de tyi-ouh tyi-ouh tyi-ouh tyi-youh tyi-youh wît wît wît... et se terminant par un tiût tiût tiût tiût tiût tiût tiût tiût ... (= huît huît huît huît huît huît) très sonore, accéléré et s'amplifiant en crescendo. Un tic-it tic-it tic-it tic-it tic-it tic-it tic-it ... rapide et coléreux peut précéder cette forme de chant. Les oiseaux émettent ce chant en gonflant fortement la gorge et ouvrant grandement le bec, agitant les ailes de mouvements rapides. Les cris comprennent un tièntièntièntièntièntièntièntièentièntièn aigre et nerveux et un trrrrrrirrrirrrirrrrirrrirrrirrri inquiet et rapide.

 La nidification se déroulerait au moins de juin à septembre. Le nid est une coupe ouverte construite de feuilles d'herbes sèches, formant une construction assez fragile.


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
Une publication du programme
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