NASIQUE DE BOCAGE

NASIQUE DE BOCAGE
Amaurocichla bocagei

São Tomé Short-tail

La nasique de Bocage peut être considérée comme la plus grande énigme ornithologique de São Tomé. Énigme à cause de son statut taxinomique : son appartenance à la famille des sylvidés ou des timalidés repose plus sur des tentatives de rapprochement que sur des certitudes. Énigme sur son origine et sur la longue évolution qui ont fait de cet oiseau une espèce résidente, aux exigences écologiques certaines, peu mobile, au vol faible, probablement peu apte à la dispersion, et devenue un passereau marcheur du sous-bois forestier, pour lequel on pourrait difficilement trouver de parent proche dans les forêts d'Afrique centrale. C'est, semble-t-il, seulement à Madagascar que l'on rencontre, en ce qui concerne l'avifaune afrotropicale, des passereaux forestiers marcheurs: le mystacorne de Crossley Mystacornis crossleyi et l'oxylabe à sourcils jaunes Crossleyia xanthophrys, actuellement classés parmi les timalidés.

La silhouette très particulière de la nasique est due au long bec droit et fin, aux très longues pattes munies de longs doigts grêles et à la queue relativement courte. Dans la nature, elle ne rappelle pas particulièrement un sylvidé, notamment les nasiques du genre Macrosphenus dont le comportement arboricole est totalement différent.

NASIQUE DE BOCAGELa nasique n'est pas exclusivement terrestre, ni inféodée aux rochers ombragés des berges des rivières en forêt. Sur une piste de crête, menant de São Miguel au mont Queijo, on a observé un couple sur les grosses branches horizontales d'un grand arbre, à une vingtaine de mètres de hauteur, où ces oiseaux marchaient et sautaient avec aisance de branche en branche; la partie supérieure de cet arbre correspondait toutefois, à cause de la forte pente, en ligne horizontale, avec le sous-bois d'où ces oiseaux étaient venus. Sur la crête du mont Formoso Grande, on l'a trouvée en sous-bois, loin de tout cours d'eau, et entre Formoso Grande et São João dos Angolares, on l'a vue en forêt de pente dominant le Io Grande, près de la crête : cet individu fréquentait ici un sous-bois extrêmement dense de vieille forêt secondaire, seule occasion que l'on ait eue de voir l'espèce en dehors du sous-bois clair des forêts primaires, son habitat naturel. Ces différents sites dessinent la carte de sa répartition : le massif forestier central et sud-ouest de l'île, depuis le Formoso Grande et les rives des rivières Io Grande et Ana Chaves dans leur cours supérieur et moyen, jusqu'aux forêts de moyenne et basse altitude du sud-ouest, particulièrement les vallées de São Miguel, de Xufexufe et de Quija. Nous ne l'avons jamais observée dans les forêts primaires d'altitude du massif central du pic de São Tomé, ni dans les forêts plus basses du versant nord de celui-ci, alors que le milieu paraît favorable à cet oiseau. La carte de sa distribution pourrait être simple à dessiner à partir des rivières du massif forestier jusqu'aux crêtes séparant leurs bassins. Devraient être explorées, pour confirmer la présence de l'espèce, les hauts bassins des rivières Mussacavú, Martim Mendes et Umbugú, au sud, et Lembá et Cantador, au nord.

Bien que de petite taille et au plumage sombre et terne, il est facile de localiser cet oiseau grâce au cri aigu, fréquemment émis. La nasique n'est pas un oiseau furtif qui s'enfuit ou se cache; elle s'approche de l'observateur et crie longuement, d'une manière continue, à découvert sur des branches basses, attirant souvent son conjoint. En sous-bois, l'oiseau paraît entièrement brun, plus clair sur le ventre. Tout le dessus de la tête et du corps est brun terre uniforme, à l'exception d'un collier peu visible d'un brun plus clair sur le dessus du cou. Sur la tête, un très léger sourcil blanchâtre; une petite moustache blanche suivie d'une fine ligne brune délimite le menton blanchâtre et la gorge cannelle pâle des côtés du cou bruns. Le dessous du corps est roux cannelle, le milieu du ventre blanc, les sous-caudales d'un cannelle plus foncé, les côtés du croupion bruns formant une zone plus sombre s'étendant sur le haut des cuisses. En mains, l'oiseau montre les plumes des flancs ou des côtés du croupion très denses et longues, de couleur cannelle; l'allongement de ces plumes, qui peut effectivement rappeler les fauvettes Macrosphenus, n'est pas visible dans la nature. En mains également, on remarque les sous-alaires blanches avec une petite ligne noire sur les axillaires. Les cuisses paraissent presque nues, les pattes sont rose sombre, le bec est gris foncé à la base, blanchâtre à l'extrémité de la mandibule inférieure; l'oeil est marron foncé. 

NASIQUE DE BOCAGELa nasique de Bocage ne se trouve pas sur les rochers découverts des rivières qu'elle fréquente, mais dans le sous-bois riverain, plus dense par endroits que le sous-bois de terre ferme voisin. De là, elle remonte le cours des petits affluents des rivières principales jusqu'aux crêtes où on peut l'observer en sous-bois très clair, abondamment parsemé de blocs rocheux et de pierres. Dans les arbustes et les petits arbres, elle a la curieuse manière de marcher sur des branches obliques, en descendant avec précaution, mais elle se déplace également en sautant de branche en branche. À terre, elle picore çà et là des invertébrés sur les rochers des ruisseaux ou sur la mousse qui recouvre les pierres; en forêt riveraine humide, elle chasse au sol sur les troncs tombés recouverts de mousses, sites qu'elle recherche en sous-bois de pente ou de crête, loin de tout cours d'eau. Contrairement à ce qui est parfois rapporté, la nasique n'est pas un oiseau grimpeur : elle marche sur les branches, mais ne s'agrippe pas sur l'écorce de troncs verticaux, comme le font typiquement les pics, les grimpereaux et les sittelles. La morphologie de ses doigts semble d'ailleurs exclure de telles capacités.

On ne peut qualifier la nasique de Bocage de passereau chanteur : les seules vocalisations entendues sont les cris d'appel, fréquemment émis, par un oiseau solitaire ou par un couple : les deux partenaires se répondent alors, tout en restant proches et sans activité. Ces appels correspondent à des oiseaux inquiétés ou curieux, mais ils ont été entendus dans des conditions différentes, avant que les oiseaux nous aient aperçus. Ces cris extrêmement aigus sont sans doute utiles pour la proclamation territoriale ou le contact entre partenaires du couple dans le milieu forestier occupé par cette espèce, où le bruit des cours d'eau torrentueux couvre fortement les autres sons. Les appels consistent soit en une note simple, prolongée, très aiguë : psiiiiiiiîp, légèrement ascendante et à finale abrupte, soit en une note double, plus brève, reprise en série : tsui-tsuii, suî-sît, également très aiguë. La fréquence est de 16 à 21 notes par minute pour le chant monosyllabique. Un oiseau peut émettre d'abord le double appel, puis le cri à note unique. En criant face à l'observateur, la nasique ouvre très largement le bec.

Aucune donnée sur la reproduction n'a été obtenue, mais fin août, sur la crête séparant São Miguel de Xufexufe, un groupe de quatre individus pouvait constituer une famille. Un oiseau capturé fin mars était en mue.


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
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