SOUIMANGA GÉANT,SOUIMANGA DE SAO TOMÉ

SOUIMANGA GÉANT,
SOUIMANGA DE SAO TOMÉ

Dreptes thomensis

São Tomé Giant Sunbird
STP : Selêlê-mangotchi, Cerelé-de-obó, Zom-zom
P : Beija-flor-gigante

Le souimanga géant est une des espèces endémiques les plus remarquables de l'île de São Tomé. C'est l'un des exemples de l'évolution de l'avifaune de l'île qui a conduit au gigantisme de certaines formes, au même titre que le loriot, le rufipenne, le tisserin et le pigeon. Son plumage sombre, son bec particulier, son comportement, ses vocalisations, conduisent à le maintenir dans le genre Dreptes, créé pour lui, et dont il est le seul représentant. Il partage toutefois avec les petits souimangas du sous-genre Anabathmis deux caractères : les rectrices sont de longueur inégale et étagées et elles présentent à leur extrémité des taches blanches - ces deux caractères ne se retrouvent pas chez la plupart des souimangas africains du genre Nectarinia.

SOUIMANGA GÉANT,SOUIMANGA DE SAO TOMÉUne probable longue isolation et une niche écologique inoccupée ont fait de lui un chasseur d'insectes se cachant sous l'écorce, comportement qui est partagé par une espèce de plus petite taille, le tisserin de São Tomé Thomasophantes. Son comportement de chasse sur les arbres ne rappelle pas celui des pics - il ne martèle pas l'écorce -, mais bien plus celui des irrisors des genres Phoeniculus et Rhinopomastus africains, eux-mêmes dotés de longs becs plus ou moins recourbés. Le plumage presque noir, à reflets bleutés ou pourprés, accentue cette ressemblance. Le souimanga géant est le plus souvent observé, lors de sa recherche de nourriture, en train d'inspecter les branches moussues et couvertes de lichens où il déloge, grâce à son bec long, fort et recourbé, les insectes dissimulés. On l'a observé également alors qu'il cherchait des insectes dans les interstices de l'écorce des arbres. En Afrique centrale continentale, les grands souimangas forestiers à long bec, notamment le souimanga superbe Nectarinia superba et le souimanga de Jeanne Nectarinia johannae, recherchent également des insectes, mais privilégient la capture des araignées dans les toiles, et n'ont pas été observés alors qu'ils inspectaient l'écorce des arbres, bien que Nectarinia johannae, au bec le plus long, inspecte les paquets de lichens filamenteux de la canopée. Le comportement typique des souimangas chasseurs d'insectes dans le feuillage, comme Nectarinia olivacea, Anthreptes fraseri et Anthreptes collaris, au Gabon, est celui, à São Tomé, du souimanga de Newton, mais ne caractérise pas le souimanga géant. Outre la capture d'insectes, le souimanga géant se nourrit de nectar de fleurs : on l'a observé, dans les forêts primaires de basse altitude du sud-ouest, exploitant un petit arbre à fleurs blanches en corymbes, à longs tubes verticaux, mais, d'une manière générale, les fleurs recherchées par cet oiseau restent encore mal connues.

Le souimanga géant est le plus souvent rencontré alors qu'il se déplace sous la voûte forestière ou, à partir de chemins de crête, dans la canopée. Il descend en sous-bois, mais rarement à faible hauteur, contrairement au souimanga de Newton, bien qu'on l'ait observé jusqu'à trois mètres de hauteur du sol, surtout en forêt de montagne où la voûte est moins élevée. Ce n'est pas un oiseau au comportement discret et silencieux, qui se cache : très actif et bruyant, il se déplace vivement, en constant mouvement, chantant et criant beaucoup. Peu farouche et curieux, il est facile à observer, mais on ne peut avoir parfois de lui que la vision fugitive d'un oiseau noir en déplacement continuel. C'est seulement autour du nid qu'il adopte un comportement discret et silencieux.

SOUIMANGA GÉANT,SOUIMANGA DE SAO TOMÉOutre sa grande taille et son plumage sombre, l'allure de ce souimanga est caractéristique : elle est due au long bec présentant une courbure régulière et accentuée formant un arc bien prononcé, et à la queue relativement longue. Dans la faible lumière du sous-bois ou à contre-jour, l'oiseau paraît noir ou brun noirâtre, à ventre jaunâtre. Le noir du plumage est en fait teinté de reflets bleus ou pourprés. La tête est d'un bleu nuit très sombre; les plumes noires de la couronne et d'une ligne moustachiale sont marquées d'un reflet bleu pourpré sur leur bordure externe. Les joues sont plus ternes, d'un brun noirâtre. La gorge et la poitrine brun sombre présentent un reflet pourpré sur la moitié externe des plumes, et peuvent paraître, sur le terrain, d'un brun roux foncé. Le ventre est brun sombre mais les flancs et le bas-ventre sont jaunâtres à jaune verdâtre. La queue est brun noirâtre teinté de pourpré avec des taches blanches bien marquées sur l'extrémité des deux paires de rectrices externes - les plus courtes -, ne formant sur les autres rectrices qu'un liséré en forme de croissant blanchâtre. Les ailes sont brun chocolat brûlé, le dos bleu nuit très foncé. L'oeil est sombre et le bec est noir. Lorsque les oiseaux sont excités ou qu'ils alertent, ils étalent les rectrices montrant leurs extrémités blanches et effectuent des mouvements d'oscillation du corps, d'un côté à l'autre. Mâle et femelle ont un plumage semblable, mais se différencient par la taille.

Les vocalisations variées du souimanga géant permettent souvent de le localiser. Les chants n'ont rien en commun avec les chants aigres, aigus ou sifflés des Nectarinia. Ils rappellent assez les notes fortes du drongo Dicrurus atripennis des forêts d'Afrique centrale continentale. Le chant, remarquablement puissant, est surtout émis à l'aube (avant 6 heures) et dans la matinée, puis en fin d'après-midi, jusqu'au crépuscule, moins régulièrement en milieu de journée. Souvent, plusieurs oiseaux se rassemblent en une sorte de lek pour chanter et émettent des notes fortes assez semblables à un chant de drongo. Un type de chant est précédé de tic-tic-tic-tic-tic-tic crépitants ou de notes grinçantes, puis de notes aiguës, explosives, sonores, reprises en séries : tsi tsu huî - tsi tsiu tsiu, ou : huit huit rruit rruit ( = pit tru rrir, pit tru rit, pit huit tip tru rri, pit huit tip tru rri, en séries musicales très scandées, = tsièp tsu huit, tsièp tsu huit forts). En fin d'après-midi, dans les forêts du sud-ouest de l'île, notamment en saison des pluies, les souimangas géants peuvent devenir l'espèce la plus bruyante. En dehors de ces formes de lek, un mâle, en fin d'après-midi, vers 17 heures, émet le chant de proclamation territoriale de même type : il chante à partir des différents points de son territoire, se déplaçant de quelques dizaines de mètres entre les arbres où les postes de chant semblent être fixes et réguliers, l'oiseau parcourant ces mêmes sites chaque jour. Le chant sonore et scandé est constitué de phrases rythmées : huèt tsip tsuit - huèt tsip tsuîp - huèt tsip tsuîp, reprises en séries ( = huit tsi iup - huit tsi iup - huit tsi iup - tsi iup - tsi iup - huit tsi iup ). Ce chant ne donne pas une impression de phrases structurées, mais plutôt d'une succession nerveuse et désordonnée de cris variés. Les cris comprennent des séries rapides et énergiques de tchèèn tchèèn tchèèn ( = tièn tièn tièn tièn tièn ... = tiùn tiùn tiùn tiùn tiùn ... nasillards) qui permettent souvent de repérer ces oiseaux en forêt, des cris d'inquiétude (forts pît, pît). Des notes beaucoup plus douces sont émises comme cri de contact par les partenaires d'un couple se nourrissant du nectar de fleurs : tu-huit, tu-ut.

Le souimanga géant occupe la forêt primaire de montagne du massif central de l'île, notamment le massif du pic de São Tomé. On le rencontre autour de Lagoa Amelia et, en direction du pic, entre Nova Ceilão, Calvario et le lieu appelé Sentada do Pico, puis dans la forêt de brume des versants du pic. Sur le versant nord, en descendant vers Ponta Figo, sur la côte ouest, il est commun dans les forêts primaires sur pente, vers 1.600 mètres d'altitude, et son habitat comprend ici des Craterispermum, des Canthium, des Syzygium, des Ficus. À l'est du massif central, on le trouve sur le Formoso Grande et le Formoso Pequeno, puis dans les forêts primaires de la vallée de la rivière Ana Chaves. Dans le sud-ouest, en forêt primaire de basse altitude, il est commun dans les vallées des rivières São Miguel et Xufexufe, dans leurs cours moyens et supérieurs, et dans la haute vallée de la rivière Quija et sur les crêtes séparant ces trois bassins. Il n'a pas été observé dans les basses vallées de ces cours d'eau, qui sont des vieilles forêts secondaires issues de plantations abandonnées, mais on le rencontre dès qu'apparaissent la forêt mature ou les zones présentant un facies de forêt primaire. Il n'a pas été observé dans le massif isolé du pic Maria Fernandes, sur la côte orientale, ni dans les vieilles forêts secondaires situées au sud de la rivière Quija, ni dans la région du Cão Grande. La limite grossière de son aire de répartition passe par les versants nord du massif du pic de São Tomé, suit les crêtes et les forêts primaires s'étendant entre Lagoa Amelia et Formoso Grande, descend en direction des forêts primaires du bassin de la rivière Ana Chaves et, de là, probablement par la région du Cabumbé, atteint, vers l'ouest, la haute vallée de la rivière Quija.

SOUIMANGA GÉANT,SOUIMANGA DE SAO TOMÉLe nid a été trouvé un 26 décembre, dans les forêts de la rive gauche de la rivière São Miguel et un 14 janvier en belle forêt à fougères arborescentes sur la crête de Quija. Le premier nid était en forêt riveraine, à sous-bois presque marécageux, établi à une hauteur de 7-8 mètres du sol; celui de Quija dominait un petit ruisseau, à environ huit mètres de haut. Les nids sont construits à l'extrémité de branches flexibles et ployées ou tombantes et leur assise atteint le bouquet de feuilles terminales, pouvant être plus ou moins dissimulée sous un paquet de feuilles. Leur forme est un ovale assez régulier, fait de matériaux fins et entièrement recouvert de mousses et de lichens verts filamenteux qui sont abondants dans ce type de forêt. Des fibres d'environ 50 cm de long descendent du nid et sont habillées çà et là de la même mousse verte. C'est une construction délicate, faite de fines tigelles, ne rappelant pas les nids d'aspect assez grossier de certains grands Nectarinia d'Afrique centrale, comme Nectarinia cyanolaema qui construit aussi un nid de taille remarquable. Les deux partenaires du couple présents autour du nid à São Miguel en pourchassaient les oiseaux qui s'en approchaient, notamment des tchitrecs.


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
Une publication du programme ECOFAC