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PIE-GRIECHE DE SÃO TOME
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La présence de cet oiseau à São Tomé pose d'intéressantes questions biogéographiques. D'une part, parce que les pies-grièches du genre Lanius sont en Afrique peu enclines à la dispersion insulaire : il n'y a pas de représentant du genre à Bioko, ni dans les îles de l'océan Indien. D'autre part, parce que ce genre comprend presqu'exclusivement des oiseaux des milieux ouverts, savanes ou steppes boisées, alors que l'espèce endémique à São Tomé a évolué en espèce typiquement forestière. Issue probablement d'un ancêtre commun à la pie-grièche fiscale Lanius collaris de toutes les savanes tropicales africaines, il est remarquable de constater combien la pie-grièche de São Tomé s'est adaptée au milieu forestier, pourtant peu favorable, à première vue, au comportement de cet oiseau qui chasse, à partir d'un affût, vers le sol. Aucune autre espèce de pie-grièche, en Afrique, n'occupe un tel habitat et l'unique autre espèce forestière, la pie-grièche de Mackinnon Lanius mackinnoni, répandue en Afrique centrale, est nettement plus un oiseau de lisière qu'une espèce vivant à l'intérieur de la forêt équatoriale. Celle-ci, à l'origine, devait vivre sur toute la périphérie du massif forestier et n'a pénétré celui-ci qu'à la faveur des défrichements faits par l'homme. On peut le constater au Gabon où la pie-grièche de Mackinnon ne s'éloigne guère des villages et des plantations en milieu forestier, alors qu'elle n'occupe ni les grandes étendues de savanes naturelles du sud du pays, ni l'intérieur non perturbé du massif forestier. La pie-grièche
de São Tomé a longtemps été
réputée rare. Elle vit probablement à
faible densité, sans doute parce qu'elle
nécessite des territoires de chasse assez grands.
Collectée au dix-neuvième siècle et au
début du vingtième siècle surtout dans
le sud-ouest de l'île, il existait cependant, à
cette période, un exemplaire provenant de la
région d'Angolares, au sud-est, puis un autre
spécimen collecté par Correia, le 29 mai 1928,
dans le bassin du rio Io Grande. Les forêts
du sud-ouest de São Tomé,
particulièrement les vallées des
rivières São Miguel, Xufexufe et Quija, et les
crêtes les reliant, restent les meilleurs sites pour
observer la pie-grièche de São Tomé.
Mais elle a été trouvée sur le Formoso
Pequeno, à quelques heures de marche de
Bombaím, dans le nord-est du massif forestier
primaire. Il est donc probable qu'elle survit dans
l'ensemble de ce massif, depuis la côte occidentale
jusqu'à ses limites orientales, où elle se
heurte aux zones cultivées du bassin du Io Grande.
Comme la nasique de Bocage, elle est inconnue des
forêts de montagne du pic de São Tomé,
et il existe nettement une barrière altitudinale
(environ mille mètres) qu'elle ne peut franchir. Sur
les versants nord et nord-ouest du massif montagneux qui
présentent encore quelques belles forêts
primaires, elle n'a pas été rencontrée.
L'altitude supérieure où nous l'avons
observée est autour de 600 mètres sur la
crête séparant les vallées de Quija et
de Xufexufe et de 700 mètres sur le Formoso Pequeno,
mais on nous a rapporté l'observation de cet oiseau
dans une vallée proche d'Estação Sousa,
à la limite des forêts de plaine et des
forêts de montagne. On peut conclure que tout le
massif forestier primaire situé au sud et sud-est du
pic de São Tomé représenterait son aire
de répartition, et que la rivière Quija, au
sud-ouest, serait la limite sud de celle-ci. Vers le
sud-est, la limite n'est pas actuellement connue. |
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Bien que les vocalisations de la pie-grièche permettent de localiser cet oiseau au comportement assez discret, l'observation et l'identification de celui-ci sont aisées : c'est un oiseau peu farouche qui perche sur des postes de chasse à découvert et aucun autre oiseau forestier de São Tomé ne présente un tel contraste entre le dessus noir et le dessous clair. Les adultes sont des oiseaux très bicolores : le dessus de la tête, y compris la zone oculaire, le dessus du cou et le dessus du corps (dos et ailes) sont noirs, à l'exception d'une bande blanche le long de l'aile, formée par l'extrémité blanche des scapulaires. Le croupion est également noir. Dans la nature, la queue paraît le plus souvent entièrement noire et très fine, les rectrices externes étant plus courtes que les rectrices centrales. Les rectrices centrales sont entièrement noires, les rectrices externes sont bordées de blanc sur leur partie externe, les autres rectrices seulement marquées de blanc à leur extrémité sur leur bord externe. Le dessous du corps teinté d'un jaune pâle n'a pas d'équivalent chez les pies-grièches africaines du genre Lanius. Cette teinte jaune pâle est plus soutenue chez certains individus, peut-être selon l'état du plumage (frais ou usé), mais la gorge est généralement plus claire que le reste du dessous.
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L'habitat de la pie-grièche de São Tomé comprend principalement les forêts à canopée fermée et à sous-bois clair dont le sol est recouvert de blocs rocheux et de gros cailloux. Il y a généralement peu de végétation au sol ou en sous-bois. Les oiseaux perchent à l'affût en évidence sur des branches dégagées d'arbrisseaux, à faible hauteur, entre trois et cinq mètres, et capturent, au terme d'un vol court, des insectes à terre ou à la base de grands arbres. On les a observés sur le pourtour de trouées naturelles causées par la chute d'un grand arbre, se postant à plus faible hauteur, sur les branches de l'arbre tombé, au-dessus d'enchevêtrements de branchages morts, et scrutant vers le sol. Une fois l'insecte saisi au sol, l'oiseau rejoint son perchoir pour le déchiqueter et le manger. À terre, ils peuvent sauter de rocher en rocher, ou sur des troncs d'arbres tombés recouverts de mousse, pour poursuivre un insecte qui s'échappe. Dans le sous-bois plus fermé, densément planté de fougères arborescentes, sur la crête séparant les vallées de Xufexufe et de Quija, ces oiseaux ont été observés alors qu'ils inspectaient des amas de lichens et de mousses couvrant les branches. L'attitude de
l'oiseau à l'affût n'est pas toujours -
probablement à cause de la nature de son habitat - la
posture verticale typique des pies-grièches de savane
: les pies-grièches de São Tomé
adoptent souvent une attitude horizontale, penchant la
tête vers le sol. Perché, l'oiseau oscille
lentement la queue, avec des mouvements de faible amplitude.
Le vol de chasse est souple et aisé, l'oiseau
plongeant vers le sol pour capturer une proie. Les
pies-grièches sont généralement
silencieuses dans leurs déplacements, mais les
partenaires du couple restent en contact par des cris. Un
couple d'oiseaux se nourrissant se déplace
régulièrement, plus que les oiseaux de savane,
et parcourt son territoire, d'affût en affût.
Passant d'un poste de chasse à un autre, le vol battu
et rapide paraît assez faible |
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Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe Patrice Christy - William Clarke Une publication du programme ECOFAC |