TISSERIN GÉANT
Ploceus grandis

Giant Weaver
STP : Camussela
P : Tecelão-grande
 

Ce remarquable tisserin partage, avec quelques autres espèces endémiques de l'archipel, un caractère particulier: la tendance au gigantisme par rapport à une forme proche connue du continent. C'est de loin la plus grande espèce du genre Ploceus, aussi bien en Afrique, terre d'élection des tisserins, où le genre a le plus évolué et s'est le plus diversifié, qu'en Asie qui abrite cinq espèces. Le tisserin géant est issu, de manière presque évidente, d'un ancêtre commun avec l'actuel tisserin gendarme du continent africain, notamment avec les formes forestières nettement marquées de roux autour du capuchon noir des mâles. Les sous-espèces cucullatus, présente à Bioko, et bohndorffi, présente au Gabon, montrent typiquement le plumage bariolé de jaune, de noir et de châtain roux, plus ou moins accentué.

L'évolution du tisserin sur l'île en a fait un oiseau forestier, mais les défrichements effectués par l'homme depuis plusieurs siècles ont mis à sa disposition de nouveaux habitats où il peut paraître plus commun que dans les milieux primaires. C'est une exception parmi les oiseaux endémiques de São Tomé, de la même manière que le tisserin doré de Príncipe semble plus commun dans les habitats dégradés qu'en forêt non perturbée. Il est possible également que cet oiseau occupait à l'origine surtout les forêts côtières ou les forêts des plaines du nord et de l'est, celles qui furent en premier défrichées et profondément modifiées par l'établissement des plantations permanentes de cacao et de café. Sur la côte sud-ouest de São Tomé, autour de São Miguel par exemple, il vit dans les forêts sur pentes fortes descendant vers la mer, dans des habitats vraisemblablement non défrichés pour la culture à cause de la déclivité prononcée du terrain. Il est également commun sur la crête séparant les bassins des rivières Xufexufe et Quija où il semble surtout attiré par la présence des palmiers à huile Elaeis. À partir de zones ouvertes de la crête, on peut observer, au loin, sur les crêtes environnantes, un grand nombre de ces palmiers qui pourraient expliquer en partie sa présence : crêtes de Jou, de Cabumbe et de Vilaverde. Dans les hauts bassins des rivières São Miguel et Xufexufe, on l'a cependant observé en sous-bois relativement clair des forêts primaires, et également dans le bassin de la rivière Ana Chaves, dans le centre-est de l'île, non loin de la berge de cette rivière. Le tisserin géant existe effectivement dans les forêts non perturbées de São Tomé, même s'il paraît plus commun - ou s'il est plus facile à observer - dans les zones dégradées. Ces dernières comprennent soit les habitats stabilisés que représentent les plantations de cacaoyers sous ombrage d'Erythrina, notamment sur la côte orientale, vers São João dos Angolares, les grandes bambousaies des basses vallées des rivières de la côte occidentale (São Miguel, Xufexufe, Quija) ou de la côte orientale (Io Grande, rio Caué), les plantations abandonnées de café autour de mille mètres d'altitude en périphérie du massif montagneux central, les cocoteraies extensives du sud de l'île, autour de Porto Alegre, les plantations industrielles du palmier à huile Elaeis de la région de Ribeira Peixe, soit les milieux plus dynamiques des cultures vivrières d'altitude avec bosquets, massifs de buissons et grands arbres épargnés de l'abattage. De façon claire, il n'existe pas dans un habitat primaire : la forêt de montagne au-delà de la cote approximative de 1.500 mètres, et la forêt de brume du pic de São Tomé.


Aucune confusion ne peut être faite avec une autre espèce de l'île. Le tisserin géant montre le dichromatisme habituel entre mâle et femelle du genre Ploceus. Le mâle est identifiable à sa tête noire : le noir couvre la couronne, les joues et la gorge et forme un capuchon arrondi assez régulier bordé d'une zone d'un roux sombre, elle-même bien délimitée, sur l'arrière de la calotte jusqu'au bas de la nuque, et le haut de la poitrine, excepté les côtés de la poitrine, au niveau du poignet de l'aile, qui sont jaunes. Tout le reste du dessous du corps est d'un jaune soutenu, intense, plus orangé ou jaune lavé de roux sur les flancs. Le manteau et le dos sont vert olive terne imperceptiblement strié, le croupion jaune verdâtre, les ailes sont sombres : épaules du même vert terne, moyennes couvertures alaires marquées de points jaune vif formant une ligne bien visible sur l'aile, grandes couvertures noires à large liséré jaunâtre, rémiges noires à fin liséré jaunâtre. Les pattes sont rosées. Le grand bec noir, très fort et long, muni d'un petit crochet à l'extrémité de la mandibule supérieure, et l'oeil jaune lui donnent une physionomie dure.

 

La femelle est un oiseau terne et pâle, d'ensemble brun beige et olive : oeil jaune pâle, bec noir, tête beige olive, gorge beige jaunâtre, plus soutenu, d'un beige roux pâle, sur la poitrine et les côtés de la gorge, milieu du ventre blanchâtre, flancs et côtés du ventre beige rosé, dos et croupion beige olive, queue légèrement plus sombre, très fines marques sombres peu apparentes sur le dos, rémiges et couvertures alaires plus sombres lisérées de jaunâtre pâle. La grande taille du tisserin géant est toujours remarquable. En vol, la silhouette est assez courte, les ailes sont larges.

Les tisserins géants ne forment pas les grands rassemblements bruyants des tisserins gendarmes. On les rencontre par individus isolés, par couples, familles ou petits groupes. Ils occupent, dans les divers habitats, tous les étages de la végétation. On les observe au sol, par exemple dans les cocoteraies de Porto Alegre, se nourrissant de la pulpe des noix de coco écrasées par un tracteur, et à faible hauteur, dans les massifs de graminées des zones dégradées, dans les plantations. Ils ne paraissent pas vivre dans les grandes savanes du nord de l'île ou bien ils y sont peu communs. Les massifs denses des buissons d'Alchornea cordifolia qui produit beaucoup de fruits les attirent beaucoup : cet arbuste est abondant dans des milieux dégradés et humides, notamment dans tout le sud de l'île, dans les plantations abandonnées et sur les bords de routes, où les tisserins géants semblent plus communs que dans la partie nord de l'île. Leur régime frugivore compte des fruits cultivés, comme les papayers dans les vergers, et des fruits sauvages, notamment le palmier Elaeis qui semble constituer une part importante de leur diète. Ils exploitent, à mi-hauteur, le sous-bois des forêts primaires de Xufexufe, Quija et Ana Chaves, aussi bien dans les vallées, près des rivières, que sur les crêtes : ici, ils se conduisent principalement comme des chasseurs d'insectes, mais ils ne se mêlent pas aux rondes des petits insectivores et sont en général observés isolément. Dans le bassin de la rivière Ana Chaves, une femelle observée en sous-bois inspectait les Uapaca, escaladant leurs racines, montant le long des arbrisseaux proches, s'accrochant sur l'écorce recouverte de mousse. Dans les plantations ouvertes de cacao, à moyenne altitude, autour de 500 mètres, on les voit chasser des insectes dans les cacaoyers de faible hauteur, l'oiseau prenant des postures acrobatiques pour inspecter des cabosses pourries, en percer la coque, afin d'en retirer une larve d'insecte ou un morceau de pulpe du fruit.

La période de reproduction est allongée et couvre les mois d'août à mars. Les nids sont le plus souvent construits isolément, sauf dans des sites plus favorables comme les cocoteraies du sud-est (rio Caué) et du sud, où chaque cocotier peut héberger un couple. Les mâles de ces colonies lâches se poursuivent fréquemment et sont très démonstratifs à cette période, alors qu'en dehors du site du nid, ces oiseaux sont assez discrets. Les mâles perchent sur les palmes, gonflant leur plumage et battant spasmodiquement les ailes avec des mouvements de faible amplitude, et émettent leur chant typique de tisserin, quoique peu remarquable. Le chant est plus rauque et plus simple que celui du tisserin gendarme : pchè pchè pchè pchè pchè pchè gzzzuinuinuinuinuinuin. En vol, des oiseaux se poursuivant émettent des cris vibrés, répétés : prrric, prrrric, prrrric.

Le nid, proche de celui du tisserin gendarme, est une très grosse construction, assez peu soignée, établie sous la couronne centrale des palmes, au coeur des cocotiers, ou dans les branches feuillues de grands arbres, notamment des badamiers sur les sites du littoral. Dans ces habitats, ces nids sont tissés uniquement des fibres arrachées aux palmes des cocotiers. En forêt de l'intérieur, il est probable qu'ils soient construits à l'aide des fibres des palmes d'Elaeis. L'accouplement a été observé en fin décembre, la construction du nid en décembre et janvier; des jeunes oiseaux ont été trouvés en mars et avril.


Guide des Oiseaux de Sao Tomé et Principe
Le Guide des oiseaux de São Tomé et Príncipe
Patrice Christy - William Clarke
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